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L’Orfeo de Monteverdi par l’ensemble I Gemelli au Théâtre des Champs-Élysées – Renouvellement – Compte-rendu

Ténor présent sur toutes les scènes lyriques, Emiliano Gonzalez-Toro (photo) donne un prolongement à son activité de soliste à travers I Gemelli, ensemble spécialisé dans le répertoire vocal du XVIIe siècle qu’il a fondé l’an passé. Les dix-neuf instrumentistes qui le constituent font une apparition remarquée à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, pour un Orfeo de Monteverdi renouvelé. À noter que cet ensemble se dispense d’un chef d’orchestre, conformément aux usages de l’époque considérée, même si la direction revient théoriquement, mais en amont, à Gonzalez-Toro et conjointement à Thomas Dunford  – également luthiste  (et parmi les plus réputés).
 
Pour l’occasion, cette œuvre fondatrice de l’opéra bénéficie d’une éloquente mise en espace de Mathilde Etienne, par ailleurs soprano participant de la distribution (Proserpina), avec de jolis costumes façon péplums de couleur pastel signés Karine Godier et Sébastien Blondin. Le mouvement d’ensemble porte alors voluptueusement les péripéties de cette « Favola in musica », son message éternel à la gloire de la musique. Les onze solistes réunis pour la circonstance, chantant de mémoire sans aucun pupitre, s’insèrent délicieusement dans ce contexte scénique. D’autant que le plateau bénéfice de la conque installée, favorable à la concentration du jeu comme à l’acoustique musicale.

Emiliano Gonzalez-Toro © Michel Novak
 
Gonzalez-Toro campe le héros de la fable, avec la sûreté de projection qu’on lui connaît pour ce rôle qu’il possède largement à son répertoire. Mathias Vidal (Pastore), Giulia Semenzato (Euridice / Musica), Frédéric Caton (Plutone), Lea Desandre (La Messageria), Jérôme Varnier (Caronte), entre autres parmi un plateau de chanteurs éprouvés, lui apportent la juste réplique. L’ensemble instrumental constitue mieux qu’un soutien, d’un délié et d’une présence ardemment tenus, dans un diapason 465 (assez élevé, mais qui correspond à celui d’époque dans l’Italie du Nord) qui ajoute à la brillance, pour cette suite de ritournelles, ariosos et récitatifs restitués comme neufs. Une victoire que cette première parisienne d’un nouvel ensemble baroqueux international !

Quant à l’actualité discographique d’I Gemelli, signalons la sortie récente d’un bel enregistrement (1), le tout premier du jeune ensemble, des rares Vêpres de la compositrice Chiara Margarita Cozzolani (1602 - vers 1678)

 
Pierre-René Serna

(1) Naïve V 5472

Monteverdi : L’Orfeo – Théâtre des Champs-Élysées, 28 mai 2019.
 
Photo © Michel Novak

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